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Comment l’hôpital m’a tuée ou la désillusion d’une infirmière_Episode 3_Partie 1 : les hôpitaux parisiens

Très heureuse de reprendre mon métier, je suis motivée, débordante d’énergie ! Cette liberté goûtée, expérimentée au travers de ce voyage donne un nouvel essor à ma vie, avec bien sûr l’idée de recommencer. C’est sur cette note savoureuse d’indépendance que je m’inscris en intérim.

Je vais pouvoir choisir mes missions, mon planning, explorer le monde hospitalier parisien.

Je découvre Paris au travers de ses différents établissements hospitaliers. L’hôpital Hôtel Dieu, monument classé, si l’extérieur est magnifique, les chambres des patients seront beaucoup plus exiguës ; l’Hôpital Européen Georges Pompidou, l’hôpital qui s’apparente à un aéroport, hôpital en  verre avec une rue intérieure sous verrière ; Béclère et sa maternité niveau 3 avec le Pr Friedman, sa réanimation avec la spécificité des HTAP (Hypertension Artérielle Pulmonaire) ; Bichat, où tu ne te sens plus en France en arpentant ses couloirs ; Paul Brousse et son service de pointe avec son centre Hépatobiliaire et les transplantations hépatiques ; Saint Vincent de Paul et son service de neuro pédiatrie… inoubliables ces enfants hospitalisés. Bref, je découvre l’AP-HP*. Je vais passer de la mission en maternité à dorloter mamans et bébés à la réanimation post transplantation hépatique, de la médecine pédiatrique neurologique à la réanimation HTAP**.

A Paris, le manque de personnel est patent.

De vieux hôpitaux, des services obsolètes aggravent des conditions déjà difficiles ; je vais exercer dans des services où la pénurie de linge est récurrente, difficile de s’occuper, de laver, de changer les patients sans matériel, juste incroyable !! Des salles de soins infestées d’insectes en été quand on essaie d’avoir un peu d’air, … des lits (sans roulettes) collés au mur avec la perfusion côté mur…, des placards tombant en salle de soins…

Des patients laissés en situation dangereuse… des charges de soins où il est quasiment impossible d’aller aux toilettes, ou quand vous êtes indisposée, vous vous blindez de protections car vous ne savez pas quand vous pourrez vous occuper de vous-même. Vous amenez votre propre nourriture, tellement les collations de l’AP-HP sont infectes. Vous mangez quand c’est possible, il n’y a pas d’heure et c’est souvent du rapide.

Je vais suivre une formation financée par l’agence d’intérim pour me permettre de réaliser des missions en réanimation. La technique me gagnerait elle… ? Je passerai pas mal de temps au sein de l’unité de réanimation du CHB (Centre Hépato Biliaire) de Paul Brousse à Villejuif. Là encore beaucoup de travail, des postes de temps plein d’intérimaires, c’est pour dire combien le personnel manque. Un service passionnant, un job intense, de la technique, de la nouveauté pour moi, c’est comme cela que j’aime mon métier et arrive à tenir.

Je découvrirai également l’IGR, Institut Gustave Roussy, Centre Anti Cancéreux (CAC). Là, je trouve quelques conditions de travail meilleures. Néanmoins la charge est lourde, le travail très difficile. Travail très technique avec des protocoles exigeants, des patients qui font peur, qui ont peur ; un relationnel particulier avec des patients atteints du cancer…. Je ferai durant cette période beaucoup de travail de nuit.

La nuit, le silence, le noir, le cancer, la mort rôde. La mort abandonnée aux soignants.

Le travail de nuit est parfois préféré par les soignants, car l’activité humaine y est réduite, il n’y a pas les visites de famille, moins de médecins, moins de tâches administratives. Il peut permettre aussi une meilleure organisation familiale notamment avec les enfants.

J’ai apprécié ce temps où, dès mon premier tour du soir, je devais identifier le patient qui pourrait poser un problème dans la nuit. Je sais que de ce premier tour dépend la suite de ma nuit. Alors je les bichonne du mieux que je peux pour que tout le monde passe la meilleure nuit possible. En fait, contrairement à ce que l’on pourrait croire, le travail de nuit permet une relation de meilleure qualité avec le patient.

Période de vie où se succèdent les missions qui vont me permettre d’acquérir de nombreuses compétences techniques, des connaissances pharmacologiques, une nouvelle faculté d’adaptation qui favorisera une amélioration des relations futures.

J’aime ces changements.

Néanmoins, par moments je vis des situations de découragement, de démotivation. De surcroît, en tant qu’intérimaire je le vois, je n’ai pas le meilleur du travail.

Je repars en vacances, en voyage. Je vais refaire un super voyage en Asie du Sud Est pendant 3 mois.

Comme si pour pouvoir assurer les contraintes de mon métier, il me fallait une vie à côté extrêmement riche et intense, comme pour compenser ses douleurs.

Comme si pour pouvoir assurer les contraintes de mon métier, il fallait très régulièrement des pauses bien supérieures à 3 semaines de congés, mais bien au moins 3 mois de repos par an !!

Les temples d’Asie, les sites envoûtants comme celui d’Angkor, de Bagan, ou encore de la baie d’Halong, les birmans absolument charmants, les sensations grandioses, époustouflantes générées au cœur de la plus vieille jungle du monde en Malaisie, l’impression de s’être rendue à l’extrême bout de la terre, me permettent de retourner avec plaisir avec un regain d’énergie vers mon pays et mon métier.

Stéphanie

Stéphanie, Infirmière Anesthésiste
Stéphanie, Infirmière Anesthésiste, épisode 2 : renouveau et épuisement

* Assistance Publique – Hôpitaux de Paris

** HyperTensions Artérielles Pulmonaires

Si vous n’avez pas encore lu mes articles précédents, découvrez-les en cliquant sur les liens ci-dessous => 

Comment l’hôpital m’a tuée ou la désillusion d’une infirmière_épisode 1, 1ère partie

Comment l’hôpital m’a tuée ou la désillusion d’une infirmière_épisode 1, 2ème partie

Comment l’hôpital m’a tuée ou la désillusion d’une infirmière_épisode 1, 3ème partie

Comment l’hôpital m’a tuée ou la désillusion d’une infirmière_épisode 2, 1ère partie

Comment l’hôpital m’a tuée ou la désillusion d’une infirmière_épisode 2, 2ème partie

Comment l’hôpital m’a tuée ou la désillusion d’une infirmière_épisode 2, 3ème partie

Comment l’hôpital m’a tuée ou la désillusion d’une infirmière_épisode 2, 4ème partie

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