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Stéphanie_épisode 4_partie 1

Comment l’hôpital m’a tuée ou la désillusion d’une infirmière_Episode 4 : la période Covid Mars 2020

Je suis entrée dans la période covid sans intérêt, sans angoisse, sans peur et plutôt mécontente de la décision d’annuler le semi-marathon de Paris la veille à 14h, alors que j’étais prête pour l’épreuve !

Pourquoi soudain cette urgence, des milliers de personnes venant de l’Europe entière sont là, prêtes à prendre le départ…, pourquoi en dernière minute tout annuler ??

On commence à parler du covid, sérieusement pour les personnels soignants.

Je suis très loin du covid, cette pathologie me m’intéresse guère, je n’y vois pas de danger particulier. Les mesures qui commencent à s’appliquer au travail, à savoir : le port du masque en dehors des salles d’opération, m’insupportent !

Par ailleurs, je suis en mars 2020 dans l’attente de la prime des grèves, annoncée par Martin Hirsh, suite au mouvement de grève débuté en décembre 2019, lié à la réforme des retraites et ayant entraîné de graves perturbations pour les personnels hospitaliers. Cette prime s’avèrera être d’une injustice parfaite, je découvrirai que mon planning a été modifié afin de ne plus rentrer dans les critères d’attribution. Je suis furieuse contre l’institution et c’est dans cet état d’esprit que le covid m’invite en réanimation.

Les annonces à l’hôpital sont alarmistes.

Nous allons devoir nous adapter vite et bien à la réanimation, donc procéder du jour au lendemain à un changement de métier ; à venir renforcer l’équipe de réanimation dans son service, avec des horaires qui s’adaptent aux besoins, des amplitudes de 12h, de nuit, de jour et des week-ends avec une prise en charge de patients lourds.

Parallèlement, nous allons créer un service de réanimation dans une salle qui, à la base, n’est pas faite pour cela. Cette salle de réanimation sera gérée uniquement par l’équipe des infirmiers anesthésistes. On nous annonce un cataclysme imminent…

Ah…

Je commence à me dire que j’ai dû zapper quelque chose ??? Bon, je « rallume » le poste, pour avoir les infos et je vais très vite l’éteindre. Hors de question de laisser rentrer chez moi ces annonces de morts, sans fin. Je n’en veux pas en particulier pour mon enfant de 8 ans en ce début 2020. Et pourtant, même au travail, un collègue me dit : « dans l’Est des collègues infirmiers meurent ».

Ah bon !

Comment réagir ? Quel est mon ressenti ?

Du stress, certes, mais j’ai une certaine confiance dans l’institution, dans les tutelles et en moi-même.

Le mode de vie -en période incertaine et risquée- est activé ; je suis dans l’incertitude d’un quotidien pouvant gravement basculé à tout moment. Je me prépare intellectuellement à de possibles difficultés.

13 mars 2020 : dernier dîner au restaurant avec une amie et nos enfants, des burgers seront dévorés !

Les plannings s’organisent difficilement.

Des collègues organisent des ateliers-type : habillage déshabillage, tutoriels en vidéo…, matériel de réa en démonstration….

« On » n’arrivera pas à me libérer pour que je puisse y participer : je suis toujours en salle de bloc sur des interventions.

Par contre, « on » voudra bien me laisser aller à une formation didactique sur le logiciel de la réanimation. Je trouve cela dément, irréaliste, incorrect de nous demander d’utiliser ce logiciel donc je refuse d’y aller et de signer le document de présence.

Ce logiciel « soi-disant » permet de gérer tout le dossier du patient : les soins, les prescriptions, les bilans, les constantes, etc … Ne pas le maîtriser est source d’erreurs préjudiciables pour le patient. Il est inconcevable pour des professionnels responsables d’accepter de se mettre dans de telles conditions d’insécurité, d’autant plus que nous devions déjà changer de métier, de locaux, de matériel…

Jamais, je ne comprendrai ces choix (largement contestés, mais imposés pour des raisons scientifiques : les données patients directement dans un logiciel), jamais, je n’accepterai cet irrespect envers les personnels.

Les patients covid n’arrivent pas, les blocs tournent et il faut continuer son travail comme si de rien n’était.

Cela fut extrêmement dur pour moi. Faire comme si de rien n’était alors qu’on attend le tsunami…

La désorganisation totale ou la non-organisation s’installe !!

J’ai commencé à prendre quelque chose pour dormir, un « quelque chose » que je prenais dans la pharmacie d’anesthésie.

Les peurs du covid et les angoisses se multiplient.

Puis ça y est ! Le 22 mars 2020, je « suis balancée » en réanimation, changement de tout : les lieux, les rangements de matériel, ainsi que des respirateurs et autres matériels d’assistance médicale. Sur certains de ces appareils, j’avais une maîtrise relative et une connaissance technique imparfaite lesquelles ont engendré une très forte tension et un énormes stress ; et nous forcer à utiliser le logiciel nous en rajoutait encore davantage.

C’est une période où chaque matin je me « checkais » afin de dépister tout premier symptôme de la maladie ; savoir si j’avais toujours l’odorat, le goût ou tout autre signe évocateur. Cela était systématique à chaque réveil.

C’est une période durant laquelle mon enfant de 8 ans a évoqué la peur de perdre sa maman. J’avais besoin de la baby-sitter pour aller travailler et j’avais à l’esprit les risques de contamination…

La peur de la mort a fait son entrée dans ma vie. La peur tenace de contracter le covid, maladie annoncée comme mortelle, était présente à chaque seconde, d’autant plus que j’étais en contact permanent avec des patients porteurs de charge virale très élevée, en service de réanimation.

Malgré cela, je savais que l’hôpital avait besoin de moi et j’avais à cœur de participer à l’effort collectif pour aider notre population.

Cela faisait 17 ans que j’avais quitté les services de soins classiques et donc que je n’avais pas pris en charge un patient dans un lit. Par ailleurs, j’avais peu pratiqué la réanimation auparavant. La charge de travail était intense avec des patients extrêmement lourds tant sur un plan technique que physique pour une grande majorité d’entre eux.

Le temps de travail était organisé uniquement en 12h qui en faisaient presque 13, le temps de transmission n’étant pas compté dans le temps de travail, tout comme, le temps de vestiaire avec la douche, absolument nécessaire avant de rentrer chez soi ; « douche purificatrice » d’une sensation d’être contaminée et potentiellement contaminante.

J’ai aussi vécu des stress d’un nouveau genre : la mise à disposition en réanimation de personnels non formés à cette spécialité. Cette nuit-là, le patient, le personnel non formé, ma personne, mon diplôme, ont été gravement mis en danger, rajoutant du stress au stress.

J’ai vécu le manque de matériel de protection.

Nous avions 2 masques FFP2/12h, donc des masques enlevés et remis « avec des précautions » que j’avais développées : je l’enlevais en essayant de le toucher le moins possible et le mettais dans un sachet d’examen, pour le reprendre et le remettre ensuite avec également le moins de toucher possible.

Je me suis retrouvée sans gants à ma taille, avec des tabliers de protection, certains en papier à usage unique recyclés qui partaient en lambeaux, d’autres en version manche courtes…

Par ailleurs, ces mesures de protection étaient parfois trop difficiles à tenir sur 12h, surtout la nuit.

Par moment je ne savais plus si j’avais bien tout mis, et puis pour changer une seringue ou appuyer sur un bouton, éteindre une alarme, et ce quasi en permanence, je n’y arrivais plus, parfois je ne me protégeais plus. De là, naissait la culpabilité.

Par ailleurs ces mesures étaient inapplicables en salle de repos, et puis des collègues symptomatiques revenaient travailler…

Avec certains collègues nous nous sommes dits : « c’est impossible de ne pas l’attraper ».

La peur de manquer de médicaments.

Parfois, lors de ma prise de poste, j’ai aussi eu la peur de manquer de médicaments pour mes patients, curares et hypnotiques. J’ai vécu l’angoisse d’avoir un patient de réanimation qui se serait réveillé par manque d’hypnotique et/ou qui aurait eu des problèmes respiratoires par manque de curare.

Lorsque j’ai basculé en réanimation, on ne m’a rien demandé, je n’ai rien signé, je me suis rendue disponible, je me suis mise à la disposition de l’hôpital car la situation sanitaire pour la population l’exigeait. Au bloc opératoire, cela faisait 10 ans, depuis la naissance de mon enfant, que je travaillais à 80 % avec une nuit et un seul 12h/mois, le reste je travaillais en 10h, et très peu de week-ends dans l’année (4 ou 5).

En réanimation, j’ai eu un planning en 12H uniquement qui alternait les jours et les nuits sur les mêmes semaines. J’ai travaillé à temps plein, 100 % et bien sûr les week-ends, la charge de travail ne baissait pas. Malgré ces contraintes, j’ai eu à cœur d’être présente à mon poste, de faire mon travail et de le faire au mieux.

Nous sommes fin avril 2020, l’épidémie se calme, on assiste à la baisse de la charge de travail en réanimation. C’est comme cela que la nuit du 27 avril 2020, représenta une violence et un mépris supplémentaires. Pour chaque nuit travaillée, je me préparais physiquement et mentalement, comme pour un « marathon ». Cette nuit-là, je suis arrivée, l’unité avait été vidée de ses patients… !! Je n’avais pas été prévenue ! Mon collègue et moi avons passé notre nuit à faire la désinfection du matériel de réanimation.

La vague s’estompe, un bilan s’impose.

Sur le plan immunitaire, en cette fin de première et mortelle vague, j’étais dans l’attente du dépistage sérologique de la covid par la médecine du travail. Ce temps m’a paru interminable. Le test était-il au point ? Après six semaines en mission rapprochée avec le C19, j’avais ce besoin de connaître mon statut face au virus. Quand enfin le résultat est tombé, je n’avais aucun anticorps ! Le

virus n’aurait pas pénétré mon corps.

Ah…

Sur le plan de la rémunération, j’ai été payée à 80 %. Je totalise donc 35 heures supplémentaires. La prime de nuit reçue était de 1,07€/h de 21h à 6h, prime également dérisoire des week-ends travaillés. N’a pas été pris en considération l’article de loi sur les heures supplémentaire durant la période covid de mars et avril 2020 : https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000045530940

Concernant les plannings, étant établis, j’ai assisté à une succession d’annulation de jours et de nuits avec décompte des heures pour l’ensemble de l’équipe. Il m’a été demandé de rester chez moi. Mes

35 heures supplémentaires m’ont été décomptées. Un chantage rapporté par la voie hiérarchique est tombé : si l’on refusait ces repos forcés, il y avait toujours des besoins en personnel ailleurs et notamment en gériatrie.

A partir de là, je tombe malade, premier arrêt maladie (11 juin 2020).

A titre personnel, avec une collègue, nous sollicitons un rendez-vous avec la direction, car nous avons ce besoin impérieux d’exposer nos ressentis consécutifs aux traitements subis. Je me retrouverai au milieu d’un imbroglio infernal ; l’entretien sera manipulé, et se retournera contre moi. Nous serons accusées d’avoir parlé au nom de l’équipe, d’être responsables d’une correspondance avec la DRH, inconnue de nous. D’entretiens en manipulations, mon équipe écrira un courrier de désolidarisation de notre action, de nos propos, de nous deux auprès de la direction, signé par les trois quarts de mes collègues.

Devant de telles accusations, je ne pouvais que ressentir une fracture béante irréparable, un gouffre s’élargissant de jour en jour, qui me séparait de mon équipe, de ma hiérarchie et de l’hôpital laissant place à des sentiments profonds d’injustice, d’amertume, de trahison et de dégoût, remettant en cause mon investissement professionnel.

16 ans d’engagement professionnel au sein de cet établissement pour en arriver à cette situation me plongeant dans une détresse insurmontable, car ne me laissant aucune issue, aucune possibilité de faire reconnaître la vérité, malgré mes différentes tentatives, notamment après la rédaction d’une lettre ouverte, et malgré de nombreux courriers, et demandes de rendez-vous…

Je serai placée en Congé Longue Maladie pendant un an. J’ai repris mon travail le 25 août 2021 en mi-temps thérapeutique.

Suspension, la trahison suprême

L’ambiance de travail n’était pas favorable, mon planning pas en accord avec le mi-temps thérapeutique et le 11 septembre 2021 je me suis retrouvée à nouveau en arrêt maladie. Puis, j’ai reçu mon arrêté de suspension courant du mois de septembre 2021 : j’ai été suspendue le 13 septembre, avant la date légale de l’obligation vaccinale, alors que j’étais en arrêt maladie.

La sidération, les sentiments d’injustice, de mépris, de trahison sont ravivés, la colère est immense, les blessures tant physiques que psychologiques s’enchaînent !

Ces longs mois sans revenu, à tenter de faire respecter mes droits furent d’une violence sans pareille.

Je vais donc arpenter le bitume tous les samedis, c’est là que je vais trouver de l’aide et la reconnaissance dont j’avais tant besoin. C’est aussi grâce à Réinfocovid et tous ses services que je vais trouver du soutien, une aide juridique, une aide alimentaire…

Je vais écrire ces articles, témoigner dès que j’en aurai l’occasion, sous forme audio vidéo, photo…

C’est là que je vais rencontrer Didier Cocatrix, témoigner et participer à la parution de son livre :

Controverses, chroniques d’un désaccord, qui verra le jour en ce mois de juillet 2022. Livre témoignage, livre mémoire, il participe à ma résilience.

Aujourd’hui, toujours en arrêt maladie, je viens d’envoyer mon dossier de demande de maladie professionnelle…

Stéphanie

Covid

Autres émissions dans lesquelles je suis passée :

https://www.lemediatv.fr/emissions/2021/passe-sanitaire-maltraitance-le-temoignage-dechirant-dune-infirmiere-suspendue-xmvQ4_xwQieWefBRrzVynQ

L’hôpital public: un instrument dans les mains du marché

Covid

Si vous n’avez pas encore lu mes articles précédents, découvrez-les en cliquant sur les liens ci-dessous => 

Comment l’hôpital m’a tuée ou la désillusion d’une infirmière_épisode 1, 1ère partie

Comment l’hôpital m’a tuée ou la désillusion d’une infirmière_épisode 1, 2ème partie

Comment l’hôpital m’a tuée ou la désillusion d’une infirmière_épisode 1, 3ème partie

Comment l’hôpital m’a tuée ou la désillusion d’une infirmière_épisode 2, 1ère partie

Comment l’hôpital m’a tuée ou la désillusion d’une infirmière_épisode 2, 2ème partie

Comment l’hôpital m’a tuée ou la désillusion d’une infirmière_épisode 2, 3ème partie

Comment l’hôpital m’a tuée ou la désillusion d’une infirmière_épisode 2, 4ème partie

Comment l’hôpital m’a tuée ou la désillusion d’une infirmière_épisode 3, 1ère partie

Comment l’hôpital m’a tuée ou la désillusion d’une infirmière_épisode 3, 2ème partie

Vous souhaitez soutenir les soignants suspendus ?

Contactez ces organismes :

=>Syndicat Liberté Santé : https://www.syndicat-liberte-sante.com/

=>Reinfo Covid : https://reinfocovid.fr/

=>Covisions : https://covisoins.fr/

#ReintegrerLesSoignants #Covid

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